
Concernant le recul marqué du marché du meuble meublant en France, une première réponse est à chercher du côté de l’évolution des logements, et en particulier des habitations récentes construites depuis 25 ans, dont la conception modifie la façon de les meubler… © Kave Home
[Colloque IPEA] Gros plan sur l’avenir du meuble meublant
Pour son colloque de la mi-2026, qui a eu lieu le 19 juin à Paris, l’IPEA – Institut de la Maison a présenté une étude sur l’avenir du meuble meublant, qui met en évidence les opportunités de création de valeur sur ce segment de marché influencé par les évolutions du logement et les usages. FRANCOIS SALANNE

Le colloque 2026 de l’IPEA – Institut de la Maison, qui a eu lieu le 19 juin dernier à Paris, a offert dans sa première partie une étude très approfondie et très instructive sur les enjeux du meuble meublant. Christophe Gazel et son équipe ont jugé très à propos de faire un point global sur cette famille de produits qui est sur la sellette, puisque ce segment de marché connaît un recul régulier depuis de longues années, sans que la courbe ne semble devoir s’inverser. En effet, le meuble meublant représentait un chiffre d’affaires de 5,7 Mds€ en 2000 (soit 46,3 % du marché du meuble), un chiffre qui est tombé à 4,3 Mds€ en 2025, correspondant à une part de marché de 32 %. Comment s’explique ce recul très marqué ? Par quelles autres familles de meuble est-il concurrencé ? Est-il victime d’une évolution des modes d’habiter, et du changement des usages ? Quelle est la parade pour les fabricants face à cette perte de chiffre d’affaires ? Telles sont les questions auxquelles cette étude consommateurs quantitative apporte des éléments de réponse.

Des logements de plus en plus ouverts, et de moins en moins de murs
Une première réponse est à chercher du côté de l’évolution des logements, et en particulier les « récents » construits depuis 25 ans, dont la conception modifie la façon de les meubler. L’un des faits marquants est le nombre croissant de logements dont la cuisine est ouverte sur une autre pièce comme le salon / séjour : ce type de logements représente aujourd’hui 54,3 % du total, mais surtout il est très majoritaire chez les 25 à 39 ans (66,4 %), l’âge où on s’équipe en meubles, puis de moins en moins dominant à mesure que les ménages sont de plus en plus âgés (42,6 % pour les plus de 65 ans). D’autre part, on constate une autre tendance majeure : les logements sont de plus en plus équipés de grandes ouvertures de type baies vitrées. C’est le cas de 67,8 % des logements pour le salon / séjour, de 62,6 % pour la salle à manger, de 33,1 % pour la cuisine, et de 19,9 % pour la chambre à coucher. « La conséquence de cette évolution coule de source : il y a plus de lumière, plus de fluidité pour les déplacements, mais aussi moins de murs de séparation et de façades, autrement dit moins de place pour poser des meubles meublants », constate Christophe Gazel, directeur général de l’IPEA – Institut de la Maison. D’autre part, la surface moyenne des logements a cessé de progresser – seulement 1 m² de plus entre 2006 et 2026 – et les espaces ne s’organisent plus par pièce mais par usage : espaces à vivre (salon – séjour, cuisine ouverte, chambre…), espaces de transition (entrée, couloirs, circulations…), et espaces de service (salle de bain, buanderie, rangements intégrés…) ce qui modifie la place du meuble meublant dans l’habitat.
Une valeur montante : l’espace libre
Une majorité de déclarants (72,7 %) affirment qu’ils ont suffisamment d’espace pour installer des meubles le long des murs, même si ce pourcentage est plus faible chez les 25 à 39 ans (66,8 %) et va en s’accroissant avec l’âge (80 % pour les 65 ans et plus). Les consommateurs les plus jeunes (25 à 39 ans) sont aussi les plus nombreux à laisser certains murs volontairement libres (54,1 %), alors que les 65 ans et plus ne sont que 47,2 % à le faire. Et quand on les interroge sur le pourquoi de ces murs laissés libres, les 25 à 39 ans réponde à 40,6 % que c’est parce qu’ils n’ont « pas de besoin » (contre 65,3 % des plus de 65 ans), et à 55 % par « peur d’alourdir l’espace » (contre 44,1 % pour les plus de 65 ans). Les auteurs de l’étude en déduisent plusieurs facteurs-clés pour lesquels les comportements des consommateurs de 25 à 39 ans, en pleine phase d’équipement, reflètent bien les difficultés rencontrées par le meuble meublant : en premier lieu la peur de charger l’espace, et la volonté d’assurer la fluidité des déplacements (55 %), et en second lieu le manque de place en raison de surfaces qui plafonnent et de l’essor des parois vitrées (17,7 %). Dans une moindre mesure, ils évoquent aussi l’absence de meubles adaptés (16,8 %). En regard de ces chiffres, on peut légitimement se demander si le vide devient une composante esthétique à part entière.

Façon d’habiter : le rangement, une fonction incontournable qui évolue
La place du meublant semble aussi impactée par l’essor d’autres meubles essentiels de l’habitat. Ainsi, pour 54,1 % des personnes interrogées, le canapé a conditionné l’implantation des autres meubles (c’est vrai pour 46,9 % des plus de 65 ans, et 62,1 % des 25 – 39 ans). De même, l’implantation croissante d’une cuisine intégrée influence à la baisse la nécessité d’avoir d’autres meubles de rangement : elle réduit les meubles de rangement du séjour (pour 26,5 % des plus de 65 ans, et 39,1 % des 25-39 ans), elle supprime un buffet (pour 22,5 % des plus de 65 ans, et 16,4 % des 25-39 ans), et elle supprime un vaisselier (pour 14,5 % des plus de 65 ans, et 15,9 % des 25-39 ans). La fonction du rangement reste cependant incontournable pour les ménages interrogés : dans les foyers équipés d’un salon-séjour, le canapé fixe est jugé « indispensable » pour 78,7 % d’entre eux, suivi par l’enfilade / buffet, considérés comme nécessaires par 58,3 % d’entre eux, et par le meuble TV, jugé indispensable par 57,8 % d’entre eux. De même, dans les foyers équipés d’une chambre à coucher, l’armoire / placard est estimée « indispensable » par 84,2 % des ménages interrogés, qui jugent tout autant « indispensable » le dressing (pour 73,6 %), et dans une moindre mesure la commode (53,9 %). Les fonctions de rangement restent associées aux pièces auxquelles elles sont historiquement liées : la vaisselle quotidienne reste rangée au salon dans 86,6 % des cas, et les vêtements dans la chambre dans 82,8 % des cas. Mais on voit en parallèle que le rangement s’étend au-delà des meubles traditionnels, en particulier pour les jeunes générations : ainsi, 40,9 % des 25-39 ans rangent sous le lit (contre 24,9 % des 65 ans et plus), 30,3 % des 25-39 ans rangent sous le canapé (contre seulement 7,2 % des 65 ans et plus), et 23,3 % des 25-39 ans rangent dans des meubles intégrés, ce que 29,7 % des 65 ans et plus font aussi. Ce sont même 51,3 % des 25-39 ans et 70,1 % des plus de 65 ans qui déclarent stocker « dans des boîtes », ce qui sous-entend qu’ils ne trouvent pas le meuble de rangement correspondant à leurs attentes.

Équipement des foyers : un meublant moins prioritaire
Quand on interroge les ménages sur les équipements dominants – hors rembourré - de leur salon / séjour, le meuble TV arrive largement en tête (71,3 %), suivi de la table basse (64,6 %), mais on voit que l’enfilade buffet se place très loin derrière (25,4 % en possèdent une, et même 18,1 % seulement pour les 25-39 ans). Et quand on leur demande pourquoi ils n’ont pas ce dernier meuble, 70 % déclarent qu’ils n’en ont pas l’utilité, 18,2 % que leur logement ne s’y prête pas et 10,8 % qu’ils ne souhaitent pas en avoir un, ce qui laisse penser que ce produit est mature : autrement dit, les ménages qui en voulaient un sont déjà équipés, et le potentiel de nouveaux acheteurs est faible. En ce qui concerne la chambre adulte, le taux d’équipement en lit à deux personnes atteint, 93,1 %, et il est de 61,5 % pour le chevet, 53,6 % pour l’armoire-placard, et de 41,7 % pour la commode, et de 29 % pour la tête de lit. Un zoom sur le dressing modulable permet de constater qu’il gagne du terrain dans la jeune génération : 29,7 % des 25 à 39 ans en sont équipés, contre seulement 16,5 % des plus de 65 ans. Du côté des intentions d’achat, sur quoi porterait le renouvellement des ménages, s’ils n’avaient pas de contraintes de budget ? Dans le salon / séjour, la priorité serait le canapé rembourré (43,7 %), suivi de 31,6 % qui « ne changeraient rien », puis de 16,2 % qui renouvelleraient les rangements. Dans la chambre adulte, 40,9 % ne changeraient rien, suivis de 22,3 % qui changeraient leur lit pour deux personnes, de 11,4 % qui changeraient leur dressing modulable et de 7,8 % qui changeraient leur armoire – placard. Enfin dans l’entrée, 54,6 % ne modifieraient rien, et seulement 16,7 % un petit meuble de rangement, ce qui traduit une appétence globalement pour le moins limitée dans l’achat de nouveaux meubles de rangement.
En conclusion, on peut dire que les ménages rencontrent certaines difficultés à trouver des solutions de rangement réellement adaptées aux logements contemporains. Par exemple, 57 % d’entre eux pointent la question des dimensions inadaptées pour meubler leur salon-séjour, et même 57,3 % se posent la même interrogation pour leur chambre à coucher. Il est donc plus pertinent que jamais de leur proposer un accompagnement, sous forme de conseil pour identifier la meilleure solution de rangement, et pour personnaliser leur aménagement. Ce qui permet de mettre en évidence l’intérêt de plus en plus marqué pour les configurateurs de meubles, exprimé par 33,2 % des plus de 65 ans, et 66,8 % des 25-39 ans.
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[Zooms]
Enseignes leaders pour le meublant : un trio But / Conforama / Ikea… sauf pour le dressing
L’étude s’intéresse également aux enseignes les plus souvent citées pour les achats de meubles meublants, où les acteurs de la grande distribution But, Conforama et Ikea occupent les trois premières places. C’est le cas pour le buffet / enfilade du salon, où But est cité par 20,8 %, suivi de Conforama (16,3 %) et Ikea (12,3 %), un tiercé respecté quelle que soit la catégorie d’âge. On retrouve les mêmes, dans le désordre, pour la table basse (Ikea 15,6 %, But 15,2 % et Conforama 12,9 %), et pour la commode destinée à la chambre adulte (Ikea 33,7 %, But 16,9 % et Conforama 14,8 %). Derrière ce trio, les spécialistes ameublement tirent leur épingle du jeu, comme cela est le cas, par exemple, pour l’enfilade buffet, avec Monsieur meuble (3,6 %) et Mobilier de France (1,9 %), ou la table de salon (Monsieur Meuble 2,6 %), ou la commode pour la chambre adulte (Monsieur Meuble 2,0 %). De leur côté, les géants de l’e-commerce représentent une part de marché limitée, comme par exemple CDiscount (2,3 % pour l’enfilade / buffet, 1,8 % pour la table basse et 1,6 % pour la commode de la chambre adulte), et Amazon (1,9 % pour l’enfilade / buffet, 1,8 % pour la table basse et 1,7 % pour la commode). L’ordre est bouleversé pour le dressing, un meuble sur-mesure qui demande une prise de cottes et une installation : si Ikea arrive en tête avec 29 %, il est suivi par les leaders de la GSB (Leroy Merlin 14,5 %, Castorama 11,2 %, Brico Dépôt 6,7 %), tandis que But avec 6,1 % et Conforama avec 5,2 % arrivent derrière.

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